Nous, les Québécois, sommes de formidables chialeux quand il s’agit de température. Il neige? Haaaagh, il faut pelleter, déneiger l’auto et les balcons et les marches, on se les gèle, on glisse sur les trottoirs… Il pleut en janvier? Zut, la neige fond, maudit réchauffement de la planète, pis la gadoue toé, y en a marre, j’m’en irais au Mexique (remarquez le conditionnel supposant un «si» inconnu)! On discoure température dans le métro, dans la rue, sur le trottoir, au dépanneur, à l’épicerie, entre amis, entre voisins, entre collègues… bref, les langues s’en donnent à cœur joie.  Mamie en cavale elle-même n’y échappe pas (NDLR: à l’occasion, en général elle fait sa bonne fille). Pourtant il pleut tous les janviers… puis la neige revient… Pis faut pas croire hein? c’est pareil l’été.

2014 n’échappe pas à cette routine. Décembre a reçu un lot de neige équivalent à un hiver entier; notre actuel janvier a connu son redoux, qui s’est éternisé. Et revoilà la belle floconneuse! Si vous avez oublié de quoi peut avoir l’air Montréal sous la neige, voyez mon récent article Première tempête.

Comment s’effectue le déblaiement des rues à Montréal? Voici le cours Déneigement 101 (ou 1101 pour les universitaires). Le scénario peut varier un peu selon l’arrondissement ou le nombre de centimètres tombés.

D’abord, des affichettes sont installées avertissant les résidents du moment de l’enlèvement de la neige (on en voit une rouge près de la 2e chenillette, c’est un «cherche et trouve»). Le premier à faire son apparition, c’est le crieur de rue: Pin Pon Pin Pon, pas très drôle la nuit: enlevez vos chars de là sinon ça vous coute un bras (comprenez qu’ici Mamie en cavale traduit le Pin Pon Pin Pon).  Puis les fougueuses chenillettes font leur entrée. En fait cette fin d’après-midi, elles n’ont pas de chenilles; ce sont des mini-charrues sur roues. D’ailleurs dans le «milieu», on les appellent encore des Bombardiers même si ce n’en sont plus.

Les chenillettes, les premières à passer.
Les chenillettes, les premières à passer.

Il faut les voir aller: alertes, habiles, nerveuses, tournoyant afin de dégager entre les arbres, mais parfois…

un triste accident, dommage collatéral, dirais-je, vivant dans ces siècles d’affrontements.

Mais les braves chenillettes (m’entêtant à les nommer ainsi malgré l’absence de chenilles) ne suffisent pas toujours à la tâche, notamment lors de bordées de quelques décimètres. Le chargeur sur roues vient alors à la rescousse, comme un chien dans un jeu de quille, et justement, ça les fait tomber, les quilles.

La charrue passe et repasse avec les chenillettes

et ils (chargeur sur roues et chenillettes sans chenilles ou Bombardiers comme vous voulez) repassent, repassent…

jusqu’à ce que toute la neige du trottoir soit dans la rue.

Alors, comme les alguazils qui ouvrent la corrida, le guide s’avance avec noblesse, suivi de la souffleuse. Il vérifie que rien ne viendra entraver le travail de la souffleuse. Parfois, il enlèvera des bouts de bois, des sacs de vidanges, des bacs de recyclage, des pneus, oui oui, des pneus…

La souffleuse, et ses deux grosses vis hélicoïdales qui séparent la neige, l’avalent et la poussent vers le cœur de l’engin…

qui la propulse vers le mastodonte.

Vous croyez que c’est fini? Que nenni! Il reste encore trop de neige. Performance, performance!  Une dernière chenillette/Bombardier, passant par là, décide d’un nettoyage à fond, narguant la niveleuse qui approche.

Et la voici, la majestueuse niveleuse, avec lenteur dans sa force herculéenne, celle qu’on appelait la gratte dans la jeunesse de ma conceptrice, la déterminée gratte, celle qui nivelle les routes de terre à la campagne, celle qui racle tout dans un bruit rauque.

Deuxième tour de piste, (ne peut se permettre un aller-retour, la grosse), elle inverse son inclinaison pour pousser le reste près du trottoir, en une trace parallèle.

Retour souffleuse…

Re-souffleuse

et mastodontes qui attentent leur dû.

Dernière étape: pour l’aisance des piétons, épandage de gravier fin ou d’abrasif (selon le besoin de faire fondre de la glace ou non).

Le silence est revenu dans la rue.

Et ça repart: Non mais quelle sale job ils ont fait! Ça sert à quoi de payer des taxes, j’vousl’demande! T’as vu les trottoirs? On est moins bien déneigé qu’la rue d’à coté, on sait ben, y’a l’ancien maire qui reste là… Si l’hiver peut finir…

Pendant ce temps,  Mamie en cavale fait du ski, du patin, de la raquette… et vous embrasse.

8 thoughts

  1. Je chiale,pas toujours facile notre hiver.On peut dire qu’en janvier le ballet des machines s’est arrêté.Le manque de neige me frustre,je ne peux pratiquer mon ski comme je le voudrais.Je termine sur une note positive,aujourd’hui il neige.Que c’est beau!
    Bravo pour ta chronique!
    Suzel

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  2. J’ ai bien rigolé en suivant le déroulement du déneigement. Il y a des endroits qui ont: ouragans, déluges, tornades et bien nous c’ est la neige….faut faire avec…et puis elle va fondre dans quelques semaines!! Mais en attendant profitons-en!! Dans les bois c’ est fantastique. @ bientôt Johanne & Paco

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  3. Bien dit pour le déneigement les photos ne mentent pas…….j’ai vu sur votre site que vous aviez un maître spirituel qui est maintenant décédé, Arnaud Desjardins, j’ai lu presque tous ses livres, il a vraiment changé ma façon de voir la vie et de la comprendre j’ai toujours sa sagesse en tête j’essaie du mieux que je peux d’appliquer sa philosophie mais je suis bien loin de la sagesse, ce sera peut-être dans une autre vie que j’atteindrai une part de sagesse.

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  4. Je me souviens que lors du premier hiver montréalais de mon gendre anglais, il s’installait à la fenêtre et regardait ce ballet de machineries dans la rue lors du déneigement. Pour lui, c’était un vrai spectacle, il n’en revenait tout simplement pas!
    Bonne fin d’hiver Mamie en cavale!

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