Voyons ça froidement, sans émotion inutile, ce que Mamie en cavale a du mal à faire aujourd’hui : son intrépidité ne l’a pas servie hier. Remarquez, je la comprends, son argument, que je partageais, était de taille. Trop souvent entendue cette idée que les prairies sont ennuyantes à traverser; nous abordions ce tronçon avec ce préjugé. Car c’en est bien un : n’est-ce pas une perception, tout simplement?

En Saskatchewan, en plus de la conduite agréable sur une transcanadienne large et droite, la nature offre un panorama diversifié au fil des km.

Ce n’est pas aussi plat qu’on le laisse croire.

N’est-il pas possible d’apprécier ces collines et ces champs tout autant qu’une mer bleue qui rivalise avec un ciel bleu et sur laquelle roulent des moutons blancs?

Même sans oublier Monsanto…
Même sans oublier Monsanto…

Chaplin (environ 300 habitants) nous surprend : qu’est-ce donc, tout ce blanc? Vu de loin, ça rappelle la neige. Mais ce sont des montagnes de sel. Un Salin de Giraud canadien.

 Et il y en a autant de l’autre côté de la rue.
Et il y en a autant de l’autre côté de la rue.

 C’est grâce au lac Chaplin; en surprime, il attire un nombre et une variété impressionnante d’oiseaux. Il a d’ailleurs été inscrit au réseau de réserves pour les oiseaux de rivage de l’hémisphère occidental.

Nous nous apprêtions à quitter la Saskatchewan quand Mamie en cavale sent le devoir de rétablir la réputation des prairies. Et une vraie campagne devient nécessaire,  et de grand paysages, et des vaches… des vaches plus près de nous que celles sur l’autoroute. Car ce bon bœuf de l’ouest, il mange dans les prairies, mes amies et amis carnivores. Là, je chigne un peu : l’objectif, c’est le Yukon et l’Alaska. S’éloigner de l’autoroute, un peu, je veux bien, mais où aller? C’est alors que la pancarte Cypress Hill Provincial Park intervient. La journée est jeune… pourquoi pas ce détour de quelques km, dodo inclus? Nous ne reviendrons peut-être jamais en Saskat… et patati et patata. Nous voilà sur la 21 vers le sud. Premier arrêt à mi-chemin, Maple Creek qui rappelle l’architecture des voisins étasuniens.

Le  Jasper Hotel qu'ils on déménagé sur des billots en 1930 environ.
Le Jasper Hotel (en bas à gauche) qu’ils on déménagé sur des billots en 1930 environ.

Les jeunes filles du Visitor Center nous fournissent infos et cartes et nous voilà gaillardes. La première partie du parcours, sur l’étroite mais asphaltée 271, arrache des oh et des ah.

Comment ne pas admirer ces collines duveteuses, verdoyantes, aux courbes élégantes?

Des vaches en prime.

Meuh, taureau, lui ai-je dit ; il a poursuivi sa route sans me regarder en meuglant.

L’entrée du parc par Fort Walch atteinte, s’élève devant Gontran une montée abrupte et sinueuse, très serrée, pavée mais pleine de trous. Fort de nos encouragements, Gontran l’escalade en petite vitesse, alors que nous retenons notre souffle. En haut, c’est le couronnement.

Devant nous, une longue descente nous attend.

 Mais que vois-je? Céo qui se roule allègrement dans la bouse de vache. De vache? En si haute altitude? Oui oui. Colère! Une chance que l’eau ne manque pas : les pattes beurrées et le cou gommé. Cinq guenilles, un rouleau d’essuie-tout, un bidon vide et du Fe-Breeze plus tard, nous reprenons la route. Ça ne sourit plus dans Gontran.

Plus on avance, plus le chemin rétrécit.

Des embranchements s’offrent à nous. Lequel prendre? Je ne reconnais rien du plan remis au Visitor Center; nous n’avons vu que 2 véhicules, des 4 roues motrices. Peut-être ne sommes-nous pas encore au parc lui-même, les jeunes du Centre parlaient d’un complexe important avec hôtel, lac, camping… Une affiche indique qu’il est impossible de circuler si le chemin est trempé. Nous le voyons sec, nous continuons donc. Impossible de rebrousser chemin de toute manière. Mais dans les creux, les roues arrière glissent dans la boue… Du mieux que je peux, j’aligne les pneus sur les deux traces me semblant plus sèches et pèse un peu sur la pédale. Yeux rivés sur la route.

Puis nous nous retrouvons devant un pont suivi d’une remontée abrupte et étroite, au milieu d’un troupeau de vaches, surprises de nous voir là. 

J’arrête le moteur. Revois le plan, n’y trouve rien qui ressemble à ce que nous traversons. Un numéro de téléphone en cas d’urgence. Mais je ne sais pas où nous sommes. Et en anglais… Je fouille dans mon GPS pour qu’il me donne notre localisation. Tout ce qu’il trouve à dire c’est «signal perdu». Je ne panique pas; mais que faire? Je m’avance sur le pont… reprends le GPS qui retrouve sa lumière : route inconnue, mais au moins il sait qu’il y en a une et celle en rouge bifurque juste avant la grosse côte. Pas le choix, on avance. Gontran glisse encore par endroit; je développe des compétences…

Enfin la route s’améliore un peu, s’élargit même. Je trouve un espace suffisant pour qu’on y passe la nuit si nécessaire. Puis une camionnette nous dépasse en nous saluant. Pas le temps de faire signe, elle a disparu dans le nuage de poussière. Nous repartons et arrivons à un embranchement et DES AFFICHES! Walch et Elkwater. Je reconnais le nom de 2 villages de la Transcanadienne. Je prends le plus court, même si de toute évidence ce complexe se trouve sur l’autre. Et nous entrons en Alberta. Nos amies du Visitor Center ne sont jamais passées par cette entrée du Parc Cypress Hill; elles devaient y aller par Elkwater qui en est l’entrée principale. Je l’ai compris après.

Il est tard sur la Hwy 1; nous n’avons pas soupé, je suis fatiguée, nous ne trouvons aucune halte, ni camping annoncé. Nous roulons jusqu’au coucher du soleil. 

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Je m’arrête dans un élargissement de la route. Nous mangeons rapidement et continuons jusqu’à ce qu’une halte soit annoncée : autocaravanes, routiers et promeneurs sont les bienvenus. Toilettes à l’eau impeccable comme prime. Je la retiens, et pour ceux qui feront cette route, elle est à environ 170 km à l’est de l’entrée dans Calgary, du côté nord.

Nous avons parcouru 600km dont 150 dans des conditions que vous connaissez maintenant. Aujourd’hui, nous avons passé Calgary, une ville immense, qui a explosé; l’évidence en est dans ces développements gigantesques qui l’entourent. 

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Et en contournant la ville, elles apparaissent, nous confortant dans notre itinéraire.

Banff au loin

20 thoughts

  1. Je t’ai suivi jusqu’ici malgré mon silence.
    Tu nous fais admirer de beaux paysages par tes photos très artistiques, merci!
    Je te trouve bien brave dans cette dernière aventure, je serais morte de peur…Solidité intérieure oblige, sans doute!
    Je t’embrasse

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  2. Ho que oui, que de souvenirs pour nous aussi mais qui avions pris le même chemin mais en sens inverse. Quelle surprise de voir le chemin asphalté se muer en petite route de terre pour ne pas l’appeler un sentier mais avec un écriteau tout petit nous certifiant que nous entrions bel et bien en Saskatchewan par cette route. Vous êtes faites forte ! Pierrôt de Pierrôt et Sylvie.

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    1. C’est la vie qui me pousse à être forte. Je devais rester zen dans cette aventure. La panique aurait empiré les choses. Je suis tellement contente de lire que d’autres ont connu cette route… Merci de ce commentaire Pierrôt. J’imagine que je vous retrouverai sur la route bientôt par votre blogue. Bises à vous deux.

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  3. Quelle aventure ! Francine, tu es une véritable conteuse, je me suis vue à ta place… et morte d’inquiétude ! Tes photos sont magnifiques et très lumineuses.

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  4. Salut Francine, je me demandais bien comment finirait ton aventure. Heureusement, tu n’as pas manqué d’essence, ç’aurait été l’enfer! En tout cas, tu vas revenir avec plein de souvenirs à raconter. Je t’ai ajouté à mes blogs, pour ne rien manquer. Bonne route! xx

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  5. oufffffffffff!!!ton recit m’a donné des bouffées d’angoisse !!!!!!!!!!!!!!!heureusement ça se finit bien !!!!!mais vraiment en te lisant j’y etais et j’ai eu la frousse !!!!!!!!!!!!!!!!!!bisous et continue sur des routes ..plus sures !!!mais bon je pense que ça devait être beau !!!!!sacrée francine !!!!♥

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  6. Bravo! pour le courage de faire un si long voyage en solo. Nous sommes allés en Alaska aussi et tout s’est très bien déroulé.
    La prudence est de mise peut importe notre destination. Nous partons pour Terre-Neuve( par le Labrador) lundi matin. Avec les précieux conseils que vous nous avez généreusement envoyés. Bonne route et beaucoup d’agrément! Les paysages sont incroyables.

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