Nous quittons Dawson en traversier : pas de route pour monter sur le Top of the world. Mamie en cavale a fait un effort :IMG_1803Et ça monte! Le Mile Post dit «pendant 14 km». Une halte nous y attend.

Ces sommets enneigés doivent être ceux de la Dempster.
Ces sommets enneigés doivent être ceux de la Dempster.

Par la suite, ça continue à monter, mais le Mile Post ne le dit pas! Est-ce pour ne pas nous décourager? Parce que, après 60 km, malgré des 200 ou 300 m de descente à l’occasion, ça grimpe toujours! Nous sommes carrément au Top du monde, dans la neige. Brrrrrrrrrr  Et au bord du précipice la plupart du temps : Puis on traverse la frontière dans les nuages. Ces roches que vous voyez au bord du chemin le couvriront complètement dès le départ. J’immobilise Gontran : une voiture est arrêtée dans ma voie en bas de la côte, phares d’urgence allumés. Deux personnes montent à pied. Elles m’annoncent qu’ils ont 2 crevaisons. On conseille de trainer 2 rechanges… Je n’en ai qu’un, comme eux. Je me raidis, ces grosses roches noires sont acérées, facile à voir. Tension dans mon cou. Lentement, pendant des dizaines et des dizaines de km.
Mais je suis attentive et prudente, ça ira, etc. Je me détends un peu. Bonheur soudain (mais de courte durée) quelques km de route nouvellement asphaltée, elle devient étroite, très étroite, de terre glaiseuse et il a plu beaucoup ici. Depuis 4 heures sur cette route, environ 200 km parcourus… soudain Gontran s’affaisse d’un coup dans un bruit étrange. Je me range quelques cm côté falaise… une crevaison. Inutile de stresser sur ce qui viendra, ça y est. Sans me permettre de penser à autre chose qu’aux gestes à accomplir, je sors le cric, tente de l’assembler, y comprends peu de chose. Dévisse le pneu de rechange… comme il est lourd! Je ne peux le bouger.
Une première voiture passe, s’arrête et propose son aide. Le travail amorcé de peine et de misère à tenter de fixer le cric sur du solide, dans un espace à peine assez grand pour se mettre à genoux dans la boue, une jeep s’arrête. Plus jeune que le premier, son conducteur se révèle d’un grand secours. Après les échanges d’usage avec les blondes, émerge le stress que j’avais étouffé devant l’urgence. Quelques larmes coulent et les deux filles de me consoler de toute leur gentillesse. Arrive une gratte. Plus de place pour passer; elle se range et encourage les deux hommes à terre. Au tour d’une autocaravane d’un bon 40 pi qui s’y risque. Nous retenons notre souffle : les panneaux indiquent «soft shoulder». On me raconte alors qu’une semblable a déboulé dans le fossé il y a 3 semaines. Cinq mille dollars pour la sortir de là… Pas trop de blessure au moins.
Le gars de la gratte y va de ses conseils (j’ose pas dire le gratteux) : Chicken tout de suite pour vérifier l’air des pneus et réparation du pneu chez Chevron à Tok. J’écoute les conseils : arrêt à Chicken. N’y cherchez pas le downtown annoncé le plus sérieusement du monde. Il est là, complet : La dame qui me reçoit est gentille; toute fière, elle me présente son fils qui a étudié l’économie à la Sorbonne. Un accent parisien à s’y méprendre, le fiston. Un peu imbu aussi… J’aime mieux la mère.
Une vingtaine de résidants. Encore le Gold rush vers 1900. Le nom qui semblait tout désigné pour cet endroit était Ptarmigan (perdrix), ces oiseaux étant nombreux dans la région.

Cléo en a levé souvent.
Cléo en a levé souvent.

Mais ces mineurs ne savaient pas comment orthographier le mot : ils ont opté pour Chicken. Fouillez le Wiki à ce sujet si vous ne me croyez pas! Un peu de rigolade fait du bien. Il me reste environ 80 km à parcourir pour atteindre Tok. Les derniers 30 seront plus faciles (perception…). J’arrive à Tok à 19h.
Le lendemain matin, je profite de l’installation avec jet d’eau sous pression pour laver l’extérieur de Gontran, le vélo accroché derrière, le dessous… Au Chevron, on me montre la coupure dans le pneu : un bon 5 cm! Un pneu neuf donc. À leur connaissance, 4 crevaisons hier et ils n’ont pas su que quelqu’un en avait eu 2.
Et j’entreprends la Tok Cutoff où nous longeons les Mentasta Mountains IMG_1815R

et la rivière Slana.Jusqu’à Gakona où je me terre pendant 2 nuits à dormir et à faire le ménage à l’intérieur.
Nous sommes au mitan de notre voyage. 9600 km parcourus. Pour ne pas vous fatiguer trop (2 articles de suite… au moins je suis à jour) je vous remets la carte. Pas besoin de retourner voir… 

20 thoughts

  1. Mon coeur a palpité avec toi et j’ai eu très peur que tu n’arrives pas au bout de l’aventure merci Gontran d’avoir tenu le coup jusqu’au bout avec toi bisous

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  2. Décidément,c’est un voyage assez difficile rempli d’aventures pas toujours agréables.Mais tu vas me dire que les gens et les paysages en valent
    la peine.Et je te crois.J’ai hâte de voir la suite
    Suzel

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  3. « L’union fait la force »
    Comme il est bon de sentir la présence de gens généreux autour de nous. Lors de ta crevaison Francine, de voir ces gens autour de toi fut certainement d’un grand réconfort. Bonne route en Alaska 🙂

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  4. My god, vous avez l’air au bout du monde!!! Heureusement qu’il y a ces bons samaritains. Le pire est-il fait? J’imagine qu’il y a des moments où on se dit: dans quoi je me suis embarquée! Et après, quand on a réussi, c’est sûrement aussi un grand sentiment d’accomplissement!

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  5. Oh mamie vous m’en donnez des émotions. Je suis bien « chicken » comparé à vous je l’avoue. Cependant je me réjouis à chaque fois que je vois un mail de vous. Vous n’oublierez jamais ce voyage et j’espère vraiment vous entendre en conférence un jour avec « Les grands explorateurs ». Est-ce que c’est un objectif pour vous?

    Bravo belle madame et bonne suite. A la prochaine et merci Lise Jacquemin

    Envoyé de mon iPad

    >

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  6. bon ..ça a l’air de bien continuer!!malgre cette fichue crevaison qui a dû te donner bien du souci !!!un peu de repos et tu vas retrouver toutes tes forces !!!!!!!!!!!!!mille gros poutous !!

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  7. Pour répondre à ta question du billet précédent: j’arrive le 1er août à Whitehorse. Normalement je devrais me diriger vers Dawson city, mais peut-être irais-je au plus loin, en Alaska, et me réserver Dawson pour le retour. Peut-être aurais-je retrouver un peu de courage pour faire le Top of the World. Ça dépendra comment on se sent avec la camionnette louée. J’aurai 22 jours pour faire le tour. Je couperai peut-être Skyway.

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    1. Bon j’ai ma réponse. Le 1er je serai probablement en bateau vers prince Rupert. Je dois rentrer un peu plus tôt que prévu. Alors bonne route. Il y a une centaine de voitures qui passent par la Top et la Taylor par jour. La moyenne de crevaison n’est pas si élevée. Et au Yukon, comme en Alaska, il y en a toujours pour vous rendre service.

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  8. Ah! mon Dieu! Je me dis que je vais faire le tour. Pourtant si vous l’avez fait… Et je suppose qu’il n’y a pas de réseau pour téléphoner?
    Mais si je veux qu’il ne m’arrive rien, je n’ai qu’à rester à la maison et encore, tout peut arriver n’importe quand, n’importe où…

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