De Santa Fe Nouveau-Mexique à Montréal été 2014
(Ce carnet fait suite à celui de Route 66 [de Montréal à Sant Fe]. Pour visionner, cliquez ici.)
J’ai quitté bien à regret Santa Fe, qui restera une des plus belles villes des États-Unis que j’aie vues. Je vous entends me dire : «t’en as pas vu un bien gros pourcentage» et vous aurez raison. Je parie pourtant qu’elle gardera une place de choix dans mon cœur.
Mais alors, finie, la Route 66. Contente d’en avoir fait la moitié, ç’a été amusant un certain temps mais Santa Fe m’a rappelé que les US ont d’autres beautés à me proposer que des musées de vieilles bagnoles. Donc la 55 en sens inverse, vers Albuquerque, tout aussi belle qu’à l’aller.

À mi-chemin entre Santa Fe et Bernalillo
De l’I-70, sortie 81 après Grants, je prends la route 53 pour aller voir El Malpais National Monument situé au cœur des réserves autochtones, un parc couvert par de la lave d’un vieux volcan, actif il y a dix mille ans. Un peu avant, à El Calderon Area, je marche un peu, mais l’altitude de plus de 7000 pi me ralentit. Ici il y a des caves, formées par des coulées de lave bouillante qui creusent le sol et refroidissent rapidement. Certaines forment des tubulures; d’autres des genres de grottes dont la température peut atteindre les -31 degrés F. (faites le calcul) et qui contiennent de la glace en permanence. On les appelle les Ice Caves. Je n’ai pu grimper jusqu’à ces dernières, les fortes pluies en ont massacré la montée. Voyez la lumière dans ce tube, c’est qu’il s’ouvre à la surface de la terre un peu plus loin :
Tube 2e partie, voyez-vous la lumière
Puis, El Morro National Monument, une vingtaine de km au sud. Là, c’est le summum du summum! J’ai déjà utilisé le vocabulaire pour décrire des paysages magnifiques, je laisse les images parler.

El Morro
El Morro

 


Les parois exhibent d’une gigantesque falaise plus de 2,000 signatures gravées, des dates, des messages et des pétroglyphes répartis sur des siècles et des siècles, amen.

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D’abord les Pueblos, il y a 2000 ans, s’y sont installés; dans les siècles qui ont suivi, ils ont cultivé cette terre aride et construit des maisons solides, dont certaines étaient reliées. En second sont venus ceux de la 2e génération des conquistadors qui avaient entendu parler d’une cité d’or. Francisco Vasquez de Coronado y envoya ses soldats en reconnaissance (vers 1540). Enfin, les Étatsuiens ont conquis ce territoire en 1848. Pour y arriver, ils y ont dépêché beaucoup de soldats, qui ont continué la tradition des inscriptions. Par la suite, c’est devenu la seule route entre l’ouest du Nouveau-Mexique et Albuquerque. Une fontaine de jouvence les attendait et assurait leur survie. C’était comme un grand camping populaire.

Le lendemain, l’entrée en Arizona m’arrache des larmes d’avoir quitté mon Nouveau-Mexique bien-aimé. Mais la nature n’a rien à foutre des frontières, c’est aussi beau qu’hier. Sur la trentaine de km qui nous sépare de Chinle, nous roulons dans un canyon. Alors Mamie en cavale se fait Ginette Reno et chante à tue-tête : C’est beau, c’est beau, si tu voyais le monde… Cléo soupire.
J’arrive un lendemain de forte pluie. Et ça continue: tous les matins, le soleil prometteur se lève sur Cottonwood Camping; toutes les fins d’après-midi, de gros nuages noirs apportent une pluie dévastatrice. Pas de promenade en jeep possible dans le canyon. Mouillée, cette terre de grès devient une patinoire et on s’y enlise à coup sûr. Il est quand même beau le ciel, se déversant sur cette terre rouge imperméable qui ruisselle, devient blanche, brillante comme du frimas au lever du jour.
Nous avons toute la journée pour nous promener et le photographier d’en haut, ce Canyon, toujours à plus de 7000 pi. Quelques mots sur les Navajos. Par respect pour eux, acceptez que récit s’étire un peu. Ces autochtones sont les plus nombreux en Amérique du Nord. Ils arrivent à conserver leur culture tout en s’inscrivant dans la modernité.
Ils vendent leur art dans le canyon et travaillent sur place, nous assurant ainsi que ce qu’ils proposent ne vient pas de Chine. Ils sont d’excellents artistes et artisans, nous expliquent avec fierté leur histoire et tous les symboles qu’ils utilisent dans leurs œuvres, comme l’antilope qui les nourrit, les vêt, et dont les cornes servent à la chasse… comme le chaman et le nombre de personnes qu’il a guéri… Ce sont des gens d’une grande douceur. Je me suis appliquée à les connaître le plus possible dans mon court temps ici. Ils m’ont appris quelques mots, que j’ai oubliés trop vite. Leur langue est tellement particulière que durant la guerre contre les Japonais, les Étatsuniens ont formé quelques Navajos aux communications secrètes. Ainsi, personne n’arrivait à déchiffrer les messages. Je les ai rencontrés aussi au Burger King de Chinle (où j’étais la seule étrange), tous d’une patience et d’une gentillesse vraies, quel que soit leur âge, comme une seconde nature. Pas d’alcool à vendre sur tout le territoire des Navajos! Bien sûr, j’en ai vu un ivre et en colère; un autre, itinérant sans doute, déficient, qui est resté collé un certain temps à ma table… Mais deux sur combien?

Jeu constant entre la lumière et l'ombre, modifiant les couleurs à leur guise.
Jeu constant entre la lumière et l’ombre, modifiant les couleurs à leur guise.
Tunnel Overlook
Tunnel Overlook
Tunnel Overlook
Tunnel Overlook

La Trail of the Ancients (la 160) nous mènera au Mesa Verde (en français, plateau vert). Nous y retrouverons les Pueblos qui s’y sont confortablement installés entre 550 et 1200 après JC. Notre voyage dans le temps se poursuit donc.
Du camping tout en bas, je l’aperçois, gigantesque : le plus haut sommet du parc : 8500 pi. Je me repose avant d’y monter, mais ces hauteurs me foutent la trouille. 6000 pi, difficile. 7000 pi, moins difficile parce que j’ai appris des trucs pour oxygéner mon corps puisque mon cœur n’y arrive pas avec ce fichu médicament. Mais 8500…

Mesa Verde vu d'en bas
Mesa Verde vu d’en bas

Au matin du 2e jour, le choix est évident: y aller ou pas. Je me suis dit: Mamie en cavale, c’est bête d’être à côté… de toute façon je n’ai qu’à virer de bord… à ne pas aller à Rock Point (c’est lui le 85XX pi)… J’ai donc amorcé la montée. Y a des moments où j’ai eu le vertige, à pied ou en roulant. Je chassais vites les images de catastrophe pour me consacrer entièrement à la beauté de ce qui m’entourait. Ce soir-là j’ai dormi dans le Mesa Verde, tellement fière d’avoir vaincu mes peurs.

Rock Point. Ça vous donne une idée...
Rock Point. Ça vous donne une idée…

Pour voir la vidéo…

La Square Tower house.
La Square Tower house.
Spruce house
Spruce house

Remontée vers le nord quelques jours plus tard. Me suis perdue, suis revenue vers l’ouest, en Utah. Pas grave, l’Utah est reconnu pour ses canyons. Me suis exclamée devant Moab. Une petite route traverse la ville, les voitures (autocaravanes, motos, vieux tacos locaux, Mercedes, etc. et nous) se suivent à la queue leu leu, lentement, me laissant le temps d’admirer ces falaises rouges. Impossible de m’arrêter pour prendre l’appareil photo laissé dans un tiroir de l’habitacle. Repos un peu plus loin près d’une arche, la Wilson Arch:

Nous avons grimpé la Wilson Arch; j'ai craint que Cléo déboule...
Nous avons grimpé la Wilson Arch; j’ai craint que Cléo déboule…
partie de l'arche
partie de l’arche

Gontran s’achemine désormais vers le nord-est. Hâte de retrouver un peu de fraîcheur : les 85-90 degrés ne nous lâchent pas. Même les nuits sont chaudes! Un été tout en canicule. Pour traverser le Colorado, j’ai choisi l’autoroute I-70 parce que je dois avancer un peu plus vite. Sinon, je vais rater la mienne, de rentrée.
Rappelons d’abord que les montagnes du Nouveau-Mexique et du Colorado sont la suite (et la fin) des Rocheuses canadiennes. Variée de Grand Junction jusqu’à Denver, la I-70 nous arrache des oh! et des wow! pendant 350 km; elle tangue, monte, descend… Impossible de faire de la vitesse. Elle propose des haltes très fréquentes en cas de surchauffe.


En cours de route une série de stations balnéaires attirent mon attention. Vail, Avon, Frisco, Telluride, tout aussi chic l’une que l’autre, offrant condos et boutiques: ski l’hiver, spa et golf l’été. Les fous de ski y sont heureux : des sommets atteignant des 9 et 10 mille pieds d’altitude. À Vail, on retrouve la plus haute de toutes ces montagnes rocheuses, le mont Elbert de plus de 13 mille pi.

Le mont Elbert
Le mont Elbert

M’arrête à Sylverthorne cherchant un endroit où dormir. Moi, le cœur me lève dans ces endroits d’hyper consommation. J’ai fait 3 ou 4 coins de rue et hop, retour sur l’autoroute malgré la journée qui prend fin.
La nature s’impose ici avec toute sa force. Gontran les a escaladées lentement mais bravement, ces montagnes. Me suis arrêtée au sommet à 10 mille pieds, Gontran était bouillant, mais les aiguilles étaient au beau fixe. Je lui ai laissé le temps de reprendre son souffle avant de repartir (moi c’était le contraire, j’en manquais, de souffle).
À la fin, les petites villes de Georgetown et d’Idaho Springs m’ont réconciliée : elles sont simples et charmantes. J’aurais bien aimé y passer du temps, mais pas de camping, et entre la montagne et la rivière, peu d’espace pour s’y glisser clandestinement. C’est ainsi que je me suis retrouvée à dormir dans le stationnement de la bibliothèque de Golden, juste avant Denver. C’était parfait.

Le lendemain, épuisée de cette vadrouille sous des chaleurs torrides (vous devinez que je force en solidarité avec mon brave ami), je me suis terrée dans un coin perdu et désertique, nommé Sterling, à l’extrême est du Colorado, ne méritant pas la plus petit photo. J’y ai dormi 3 jours, la clim à fond et les rideaux baissés; entre 10 et 18 h personne ne bouge, nous non plus.

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